Retour à Protestantisme et société

Retour à l'accueil

Les acteurs de la prévention

In : Ensemble – Revue protestante de Strasbourg N°181 / 1998 Sept.

DOSSIER : POUR QUE CE TOURNE ROND :

INTRODUCTION

Une société en crise : Prévenir, soigner, guérir ... par Gérard Heinz

Un grand corps malade!» Voilà le diagnostic qui fait consensus auprès de tous ceux qui se penchent sur notre société française contemporaine. Que ce pénible constat s'applique aussi bien à la plupart des pays européens, américains, voire à l'humanité entière ne peut certes pas nous consoler. C'est bien à Strasbourg et dans ses banlieues que le grand corps social souffre, c'est bien là et maintenant qu'il faut engager les thérapies qui s'imposent. Jusque-là, tout est évident et «élémentaire, mon cher Watson ». Mais de quoi souffre–t­elle, notre société ? Selon l'origine sociale, culturelle, spirituelle de chacun, les opinions divergent et l'on donne plus ou moins de poids à telle ou telle «maladie» : le chômage, l'injustice sociale, la mondialisation, la perte de certaines va­leurs, l'informatisation, la société inhumaine...
II est inutile d'établir une hiérarchie entre tous ces maux, c'est l'ensemble qu'il faut soigner, car tout se tient.
Les opinions, par contre, s'affrontent durement lorsqu'il s'agit d'appliquer des remèdes. Certains estiment que le corps est si cancérisé qu'il faut opérer d'urgence, couper court aux métastases ; bref ce sont des bistouris qu'ils demandent. Evidemment, le cancer social, la gangrène, c'est l'autre, le différent, l'étranger, celui qui fait peur. C'est celui-là qu'il faut éloigner... D'autres prônent l'ouverture sociale de la République: il n'y a qu'à accueillir encore plus, il n'y a qu'à faire une bonne révolution, il n'y a qu'à provoquer le Grand Soir...
Entre les deux extrêmes, nombreux sont ceux qui, lassés de toutes ces fièvres, préfèrent casser le thermomètre, ignorer le diagnostic.
Aucune de ces attitudes n'est, évidemment, fructueuse. Au contraire, ces remèdes sont pires que les maux.
C'est grâce à d'innombrables engagements sur le terrain, à d'humbles, lucides, courageux gestes d'entraide, à de quotidiens actes de justice et d'espérance que notre société retrouvera de la santé.
«Ensemble» est heureux d'avoir pu rassembler quelques témoignages de gens engagés, qui sont autant d'incitations à faire de même.

Le point du vue d'un commissaire de police

Face à la délinquance et aux violences urbaines, prévention et répression représentent deux faces d'une même action, aussi nécessaire l'une que l'autre. Par nature le rôle de la police est plutôt du côté répressif. On le revendique à grands cris souvent - et on le critique en même temps. Entretien avec le Commissaire Faivre, directeur départemental de la sécurité publique.

A l'Hôtel de police de la rue de la Nuée-Bleue, on reçoit environ 300 appels par jour sur le « 17 », dont un tiers, affirme le commissaire Faivre, nécessite une intervention immédiate. Tout le monde le sait et le ressent dans sa vie quotidienne: la délinquance et les violences urbaines représentent un des grands problèmes de notre société.
L’exagère-t-on aussi quelque­fois ? « Il y a une différence qu'il faut bien percevoir: celle qui existe entre la délinquance réelle et le sentiment d'insécurité répandu parmi les gens. Mon constat est que la délinquance réelle, ces dernières années, a baissé, le sentiment d'insécurité en revanche s'est accru », dit le commissaire Faivre.
Les faits ? Dans les trois circonscriptions de Strasbourg, Haguenau et Sélestat, 43 884 faits de délinquance et de criminalité ont été constatés en 1991. II y eut ensuite un accroissement continu jusqu'en 1994. Depuis, les chiffres n'ont cessé de baisser : 45 602 en 1995; 43 282 en 1996 ; 41 581 en 1997. « On est donc retombé à des chiffres inférieurs à ce qu'ils furent au début de la décennie », insiste le commissaire. En ajoutant: «Ces chiffres paraissent énormes. 11 faut savoir néanmoins que 50% des faits constatés concernent la « roulotte» : vols de voitures ou d'accessoires automobiles, dégradations, vols de vélos ou de mobylettes, etc .. »
D'où vient alors ce sentiment d'insécurité croissant ? Selon le commissaire, plusieurs facteurs y contribuent. D'abord des faits incontestables : la nature des faits de délinquance évolue. Ainsi, les vols avec violence augmentent fortement. «Les vols ont toujours existé, constate le commissaire. Mais il est vrai que ces dernières années ils s'accompagnent plus que naguère de violence , et cela engendre la peur » Ensuite le pourcentage en forte augmentation de la participation de mineurs à la délinquance - et nécessairement cela frappe et suscite l'angoisse - car devant des mineurs on se sent évidemment souvent démuni. «Il y a une vingtaine d'années, on constatait une certaine progression dans la gravité des faits de délinquance, constate le commissaire. On commençait par de petits vols, puis c'était le vol avec effraction ou le hold­up. Aujourd'hui, des gamins de plus en plus jeunes passent tout de suite à des faits de délinquance grave . » Enfin, souligne monsieur Faivre, «Strasbourg, ville européenne, est une ville sur-médiatisée: tous les médias nationaux y sont représentés, et des incidents, qui ne susciteraient guère d'échos ailleurs, se trouvent ici immédiatement placés sur le devant de la scène. A titre d'exemple : savez-vous qu'on brûle plus de voitures à Rouen qu'à Strasbourg - mais c'est de Strasbourg qu'on parle dans les médias! ».
Tout cela, à n'en pas douter, est le résultat d'une évolution de la société dans son ensemble. «Après 1968, a trop longtemps dominé une idéologie du laisser-faire-aller, trop de jeunes ont été éduqués sans repères moraux et toutes ;­les institutions qui auraient pu les fournir se sont affaiblies: la famille, l'école, les Eglises, les associations (ce qui suscite d'ailleurs des réactions en sens inverse et provoque des intégrismes qui, à leur tour, sont génératrices de violence et de peur!). S'y est ajoutée la crise économique, la montée du chômage et de la précarisation, souvent aussi une urbanisation qui entassait les gens les plus démunis dans des quartiers et des appartements inadaptés, enfin la montée de l'individualisme. Si bien qu'il faut bien dire : la délinquance et le sentiment d'insécurité sont également le résultat de problèmes sociaux croissants et de la conscience qu'on en a. » Soit dit en passant: si la moitié environ des faits de délinquance constatés concernent des jeunes d'origine étrangère, cela ne tient pas à leur origine mais au fait qu'ils font partie des couches sociales les plus défavorisées. Devant tous ces phénomènes, souligne le commissaire Faivre, la police ne peut être qu'un acteur parmi d'autres. Et même si elle entretient dans des quartiers comme le Neuhof et Cronenbourg des « clubs de loisirs», participant ainsi à l’effort de prévention, son rôle est d'abord dissuasif et répressif. «La mise en ordre des désordres de la société n'est pas seulement le rôle de la police. Celle-ci n'est que le dernier rempart Elle ne pourra jamais remplacer ni la famille ni l'école. Et quand elle est obligée d'intervenir et de réprimer, il faudrait aussi, à chaque fois, se poser la question : qu'est-ce qu'on a négligé de faire avant, dans le domaine de l'éducation, des moyens d'existence, de l'orientation, y compris professionnelle, des jeunes ? » Une question qui ne peut laisser personne indifférent.

Le point de vue d'un aumônier de jeunes

Plus de mille jeunes âgés de moins de vingt-cinq ans ont fait établir leur domiciliation postale à «l'Etage»...* parce qu'ils n'ont pas de résidence stable.
Privés d'un toit et souvent de ressources, ils viennent chercher leur courrier dans les locaux de ce restaurant qui est devenu, depuis des années, le centre d'un véritable dispositif de solidarité et de rencontre.
Les équipiers de l'Etage rencontrent quotidiennement ceux qui payent, du prix fort, dans leurs corps et leurs esprits l'enrichissement fabuleux de grands groupes financiers.
En 1981, le Club des Jeunes l'Etage s'adressait à des jeunes scolarisés ou en apprentissage. Peu à peu, d'anciens élèves au chômage se sont tournés vers les animateurs: «Que faire ?». Les discussions étaient vives au moment de repas pris en commun, où la dépense était partagée entre les personnes présentes. Cette habitude de manger ensemble n'était pas liée simplement à une commodité ou à une opportunité mais s'inscrivait dans une conviction : c'est précisément quand on mange de tout qu'il convient de partager pour s'en sortir mieux ensemble. Le Club des Jeunes est ainsi devenu un lieu d'accueil, de rencontre et de vie... Cet accueil est évidemment destiné en premier à ceux qui ont besoin de se réchauffer, au réel et au figuré, ou tout simplement de marquer une pause dans leur errance.
Lorsqu'en 1981, nous avons fondé cette association, dans les locaux de l'aumônerie dans l'enseignement technique, nous n'aurions jamais pu imaginer une telle évolution. Même le plus pessimiste d'entre nous n'aurait pas pu deviner qu'une aussi large fraction de nos jeunes concitoyens se verrait rejetée du monde du travail, interdite de mener une vie professionnelle normale, abandonnée au bord du chemin et précipitée dans l'insécurité d'une vie à la rue.
On parlait certes déjà d'une crise économique, mais, au moins le pensions-nous, notre pays avait les moyens d'y faire face. Ces moyens étaient là et ils le sont toujours. La France a vu sa richesse nationale s'accroître de 70 % pendant la période où des millions de ses enfants tombaient dans une précarité croissante.
La pauvreté et les exclusions ne constituent pas une fatalité mais sont directement provoquées par les logiques financières du profit immédiat. Aujourd'hui les riches sont plus riches que jamais pendant qu'augmente le nombre des « exclus».
L'exclusion des jeunes et des moins jeunes n'est pas une fatalité. II est urgent de briser les logiques égoïstes du tout économique. II est urgent de partager les richesses et l'espérance !

Jean-Michel Hitter..

* Association strasbourgeoise d’accueil et d’accompagnement de jeunes en difficulté animée par Jean-Michel Hitter, pasteur

Le point de vue d'un éducateur spécialisé

Née dans l'immédiate après­guerre de la volonté de quelques pionniers, la Prévention Spécialisée de la délinquance des mineurs a été jusqu'au début des années 80 un poste avancé -et donc exposé- de la politique sociale en faveur de la jeunesse en difficulté. La figure centrale de ce dispositif en est «l'éducateur de rue», péripatéticien (dans le sens d'Aristote) des banlieues de notre modernité, diffusant sans relâche la « bonne parole» au pied d'immeubles où il serait vain de rechercher une filiation avec l'harmonie de l'agora antique. Un bon dessin valant, selon l'adage, plus qu'un long discours : tentatives d'illustrations de ce métier singulier.

MARS 98, COLLEGE DU STOCKFELD, DANS LE QUARTIER DU NEUHOF

Roland, éducateur spécialisé de la JEEP* depuis vingt-cinq ans, assure sa permanence hebdomadaire dans une salle de l'établissement scolaire. Lors de la rentrée de septembre il avait proposé au principal du collège une collaboration entre son équipe de prévention et l'établissement. Objectif : éviter que des jeunes en difficulté scolaire ne décrochent en cours d’année et rejoignent ceux qui se retrouvent sans diplôme ni formation au terme de la scolarité obligatoire. Aujourd’hui c’est un enseignant qui contacte Roland lors de sa permanence. Un élève de troisième ne s’est pas présenté aux cours depuis trois jours, l’administration n’est pas informée du motif de l’absence et l’enseignement s’inquiète des conséquences disciplinaires. Roland propose d’aller voir le jeune à son domicile. Il s’avérera que l’absence est liée à l’échec qu’avait rencontré L dans sa recherche d’un lieu de stage en entreprise. Aidé par Roland qui a négocié son retour au collège et l’a orienté vers un employeur, L a suivi son stage. Il lui reste à rattraper les trois jours d’absence, ce dont il s’acquittera en participant au soutien scolaire personnalisé …

JUIN 98 À HAUTEPIERRE.

Un coup de fil d'un conseiller municipal m'indique que la situation est explosive sur le quartier : au petit jour les forces de l'ordre ont procédé à des interpellations «musclées» dans l'une des mailles de la cité, certains jeunes sont très remontés, une réunion publique relative à ces événements est organisée par un habitant. Je me rends directement sur le quartier. Christian, le chef de service, s'y trouve déjà avec Jean, un éducateur de l'équipe. Je les retrouve alors qu'ils arpentent les rues de la maille Eléonore, en discussion avec des jeunes. Aucun signe tangible ne témoigne de la tension du quartier, mais « l'affaire » est dans toutes les conversations. Christian et Jean raisonnent les plus impulsifs, dialoguent et écoutent. Devant le centre social où va débuter la réunion publique, une vingtaine de jeunes sont regroupés, au milieu d'eux je reconnais Malka et Franck, également éducateurs dans la même équipe. Franck a discuté avec l'une des familles concernées par ces interpellations, il a également pris contact avec Vincent, de l'association THEMIS**, pour qu'une information juridique objective puisse être donnée lors de cette réunion. Deux heures plus tard la réunion s'achève, elle aura été utile et constructive. Hautepierre ne brûlera pas ce soir. Durant toute la réunion on n'a entendu ni Christian, ni Jean, ni Franck, ni Malka : le lieu de leur parole était ailleurs, dans l'avant et l'après, dans la conscience du sujet plus que dans la rumeur publique...

Sous la chaude lumière d'août la cité prend ses quartiers d'été. Les mères, assises sur des fauteuils de plage ou des couvertures, bavardent à l'ombre en surveillant leur progéniture piaillante. La rue vibre de couleurs, de cris et de rires. Imitant les habitants du quartier je m'allonge sur la pelouse clairsemée du square Nontron. Cinq minutes plus tard, Michael, blondinet de neuf ans, me rejoint et m'interpelle «alors Marc, c'est ça ton boulot!», laissant entendre qu'il consentirait lui aussi, malgré son jeune âge, à être rémunéré pour se vautrer sur le gazon. Je crois lui avoir répondu à peu près ceci. « Tu vois Michael, je suis un peu comme un paysan. Tout au long de l'année je retourne la terre, je l'amende, je sème et m'inquiète de savoir si des gelées ou une forte sécheresse ne réduiront pas mes efforts à néant Aujourd'hui c'est la moisson: elle a été bonne et abondante, je crois que je mérite ma sieste ». Pas vraiment convaincu le blondinet m'a rétorqué, «si toi t'es un paysan, moi je suis un grain de blé!». Comme quoi...

Marc Moser.

* Jeunes Equipes d'Education Populaire, association de droit local menant une action de Prévention Spécialisée dans le département du Bas-Rhin depuis 1967, dirigée par Marc Moser.

** THEMIS: association pour l'accès au droit des enfants et des jeunes.

Le point de vue d'une assistante sociale

Plusieurs acteurs de la santé autour de la Sécurité sociale, des organismes de formation engagés dans la réinsertion viennent de s'associer pour une action de prévention destinée aux jeunes, en partenariat avec le Conseil général. Une expérience innovante sur Strasbourg.

Ils sont une quinzaine de jeunes à se retrouver ce matin-là autour d'une grande table. Voilà quelques jours déjà que ces jeunes de toutes origines ethniques vivent un stage « d'insertion ». Tous ont en commun des difficultés à s'insérer dans la société. Or, ces jeunes qui cumulent souvent de nombreux handicaps, et pas seulement en ce qui concerne une insertion professionnelle, sont confrontés à des problèmes de santé associés à des difficultés d'accès aux soins. En effet, ils se soucient rarement de leur santé et ne l'entretiennent souvent qu'en urgence. Ils ont alors des conduites à risque, au détriment de leur santé et sont souvent ignorants des mécanismes de leurs corps. Ce qui les conduit également à avoir une image dégradée d'eux-mêmes... sans parler de la perte du goût de la vie. Mais cela n'est pas propre aux jeunes. D'autres catégories de personnes précarisées, bénéficiaires du RMI, chômeurs de longue durée et autres publics en difficulté, sont concernées.

Ce matin-là donc, ils allaient en parler. Durant une matinée, ils allaient travailler sur la manière dont ils se représentent la santé, faire émerger ce qui les empêche d'aller se faire soigner et tenter d'y apporter des solutions. II s'agit surtout pour les initiateurs de ces sessions de sensibiliser ces jeunes, âgés de 16 à 25 ans pour la plupart, à l'idée que leur santé est le premier axe de leur insertion quelle qu'elle soit. La prévention, dans ce cadre, est de leur donner des informations pratiques et de leur proposer de faire un bilan de santé et différentes possibilités d'accès aux soins. Ainsi ils pourront acquérir une meilleure prise de conscience de leur responsabilité personnelle face à la démarche de soins, tout en recevant des connaissances pratiques pour apprendre à mieux «gérer» leur santé.

Une étape, mais pas des moindres, dans cette marche difficile vers une meilleure image de soi, et donc vers les autres.

Propos recueillis par Pascal Hickel.

Le point de vue d'un juge pour enfants
Présidente du tribunal pour enfants, Josiane Bigot nous parle de son rôle, des jeunes qu'elle côtoie, et de ce métier qu'elle aime et qui a beaucoup évolué depuis qu'elle a commencé à l'exercer il y a vingt ans :

« Lorsque j'ai débuté dans la profession il y avait peu de placements en éducation surveillée dus aux conditions économiques seules, car celles-ci n'étaient pas aussi dures qu'actuellement. A présent l'environnement a considérablement changé et les classes défavorisées ne voient pas le bout de leur misère. Bien souvent (et c'est à peine concevable pour des gens ayant une vie «normale »), pour un jeune la seule manière de mettre du mouvement dans sa vie, est de voler une voiture par désoeuvrement.

Peut-on dire qu'ils cassent pour que l'on parle d'eux ?

Même pas, à les entendre, les voir passer dans mon bureau, je me rends compte qu'il n'y a aucune analyse, aucune logique dans leur comportement et encore moins de visée politique. Juste une grande énergie bien mal employée. Si l'on prend le problème des travaux d'intérêt général auxquels nous les condamnons bien souvent, ils ne les ressentent même pas comme une sanction tant ils sont désireux de mettre le pied à l'étrier. Beaucoup espèrent avoir l'occasion de transformer ce «TIG » en véritable emploi, ce qui est très rarement le cas. Cela peut nous donner la mesure de leur désespérance !

Et les parents, que vous disent-ils ?

II est devenu courant de dire qu'ils sont démissionnaires, je pense plutôt qu'on les a démissionnés. En leur retirant leur dignité de salarié, le chômage les met hors jeu. Ils ne sont plus des modèles positifs pour la famille. J'en ai rencontré très peu qui soutiennent inconditionnellement leurs gamins lorsque ceux-ci font des bêtises. Ils sont même capables d'accepter les mesures de détention en pensant qu'elles serviront d'électrochoc pour leurs enfants. Encore une fois, ils ne demandent pas mieux que de se réinvestir dans leur tâche, mais si l'on prend le cas des pères par exemple, leur autorité naturelle ne coule plus de source.

N'y aurait-il pas une réflexion globale à mener au niveau de l'autorité dans diverses institutions?

Si, évidemment, tant dans l'éducation nationale, que du côté des éducateurs et d'une manière générale de tous ceux qui travaillent avec les jeunes. Ces derniers ont besoin de modèles qui leur donnent envie d'avancer, or bien souvent nous dressons un tableau si noir de la situation qu'ils sont écrasés par la tristesse et le pessimisme ambiant. Les adultes devraient être là pour les stimuler leur donner envie, et non les démotiver.

On dit beaucoup ces derniers temps qu'il faut faire payer aux parents, les dégâts commis par leurs enfants ?

Cela se fait plus souvent qu'on ne le pense car les victimes ont de moins en moins peur de témoigner et se portent partie civile pour demander réparation, mais nous nous heurtons au problème de familles déjà lourdement endettées et lorsque les huissiers viennent il n'y a plus grand-chose à saisir.

Dans la rue, lorsque ces jeunes ont un comportement incivil, ne cherchent-ils pas une réaction de l'environnement immédiat ?

Cela est fort possible, car dans les pays du Maghreb, tout le monde intervient lorsqu'un jeune fait des bêtises, qu'il s'agisse de son propre enfant ou de celui des autres. En France nous n'avons pas l'habitude de nous mêler de la vie privée d'autrui, cela est même très mal vu! Nous devons nous demander si le moment n'est pas venu d'adopter une autre attitude, plus attentive et vigilante...

Propos recueillis par Danièle Barthe..